Sur le bitume fleurissent les jardins de poche

Laurent Antonoff, 24heures du 12.05.2021

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Permis de verdir

Sur le bitume fleurissent les jardins de poche

Lausanne propose aux habitants d’accroître les espaces verts cultivés en leur donnant la possibilité de végétaliser de petits lopins, en bas de chez eux.

Trois jardins de poche ont été installés fin avril au pied d’un immeuble de l’avenue Mon-Repos, et samedi dernier, les voisins plantaient déjà tomates et fleurs.
Trois jardins de poche ont été installés fin avril au pied d’un immeuble de l’avenue Mon-Repos, et samedi dernier, les voisins plantaient déjà tomates et fleurs. ©Jean-Paul Guinnard

«Du jour au lendemain, c’est un peu devenu un arbre à palabres ici, comme un baobab en Afrique sous lequel les gens se rencontrent et se parlent.» L’image est exotique. Elle illustre pourtant une réalité bien locale pour ce membre du collectif MR38: les Lausannois se découvrent la main verte et, autour de leurs jardins de poche, les liens entre voisins poussent à nouveau.

Des cours de jardinage en prime

Pour obtenir son permis de verdir la Ville, au pied des arbres, sur les trottoirs, le long des murs ou des façades, il y a quand même quelques règles à suivre. Après s’être assuré que le lopin de terre convoité appartient bien à Lausanne, il faut faire une demande au Service des parcs et domaines (Spadom), qui évaluera la faisabilité du projet. 

Les jardins de poche de plus grande ampleur devront faire l’objet d’une information publique pour permettre à la population du quartier de s’impliquer, et pour s’assurer que ces espaces restent ouverts et communs. En cas d’acceptation, une convention sera signée entre la Ville et les néo-jardiniers, qui bénéficieront d’un kit de démarrage sous forme de cours de jardinage écologique, de terreau, de graines de fleurs et si nécessaire de bacs en bois.

L’esplanade de Beaulieu est parsemée de onze bacs de jardinage. Ce sont des gymnasiens, des centres de vie enfantine et l’association de quartier, dont Siddhartha Sugasi est membre, qui s’en occupent. ©Jean-Paul Guinnard

Jardin de poche mode d’emploi

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L’esplanade de Beaulieu, au pied du gymnase, a changé du tout au tout. «Il y a quelque temps déjà, nous avons planté des fleurs au pied des arbres de cette placette. Entre parents, nous voulions à tout prix végétaliser l’endroit et l’animer», confie Siddhartha Sugasi, membre de l’Association QFCM (quartiersFrance, Collonges, Maupas).

L’association dispose depuis mars de son propre jardin de poche sous forme de bac. Les membres y ont planté tomates et mélange de graines. Et ils nesont pas les seuls: onze bacs sont aujourd’hui cultivés sur l’esplanade, dont deux par des gymnasiens, et deux autres par le Centre de vie enfantine (CVE) Les Collonges. 

«Ces jardins de poche sont importants pour nous car nous ne disposons pas d’extérieurs. Ce sont les enfants de 4-6 ans qui ont planté les graines, qui les arrosent et voient grandir les fleurs», raconte Fatima Magalhaes, la responsable du CVE. Mais il n’y a pas que le contact avec la nature. «C’est important aussi que les enfants s’occupent de leur quartier, et ces jardins de poche tissent ce lien.»

À l’avenue de-La-Harpe, les voisins ont fait un pot commun pour acheter des outils de jardinage. Ils cultivent quatre bacs et un bout de pelouse.
À l’avenue de-La-Harpe, les voisins ont fait un pot commun pour acheter des outils de jardinage. Ils cultivent quatre bacs et un bout de pelouse.Jean-Paul Guinnard

«Nos bacs sont enfin arrivés à la mi-avril. Nous sommes une dizaine de personnes motivées et énergiques sur l’avenue de-La-Harpe», témoigne l’initiateur de cet autre projet vert au ras du bitume, Mikaël Gonzalez. Son idée: permettre à ses voisins de pratiquer un loisir accessible et peu coûteux. 

«Nous avons fait un pot commun pour financer les outils. Et nous décidons de semaine en semaine quel jour nous nous retrouvons pour cultiver pendant quatre ou cinq bonnes heures.»

Les voisins ont déjà planté des carottes, des herbes aromatiques, des fleurs comestibles et des fraises. Ils ont même réservé un bac à deux personnes âgées, Ursula et Marlène, pour qu’elles y expriment toute leur créativité florale. Les jardiniers de La-Harpe disposent aussi d’un bout de pelouse pour biner davantage. Dans leurs semis: des fleurs pour les abeilles, des roses trémières, des fleurs sauvages et champêtres.

Pas l’unanimité partout

Au pied d’un immeuble de six étages à Mon-Repos, ça butinait aussi samedi dernier. C’était jour de plantation de fleurs et de tomates dans les trois bacs posés sur le trottoir pour fleurir l’endroit, mais pas seulement. 

«L’idée est aussi de réguler cette entrée de square privé, empruntée trop souvent à grande vitesse par des deux-roues qui représentent un danger pour les voisins», explique un membre de l’association MR38. Dans ce cas toutefois, les jardins de poche ne semblent pas faire l’unanimité. 

Aussitôt installés, un anonyme a placardé un pamphlet virulent sur les entrées. Il appelle les riverains à réagir contre la pose de «ces réelles verrues»en écrivant à la Ville. «Il y a au moins débat. C’est ce que je vous disais: un vrai arbre à palabres.»

Vingt-six sites font l’objet d’un permis de végétaliser à ce jour, auxquels s’ajoutent vingt précédents sites faisant l’objet d’une «autorisation pour l’entretien de l’espace public par des tiers». Huit autres sites sont à l’étude ou en cours de validation.